Brasseries, bières et bonnes adresses des Hauts-de-France
Brasseries & brassage du Nord

Brasserie Motte-Cordonnier : de l’histoire d’Armentières à la bière sans alcool « Louis »

Élise Vauquelin 6 min de lecture
Brasserie Motte-Cordonnier, Louis bière sans alcool au bord de la Lys

À Armentières, la Brasserie Motte-Cordonnier relie une longue histoire familiale, un ancien site industriel au bord de la Lys et une marque relancée en 2018. Connue autrefois pour son activité de brasserie et de malterie, elle revit aujourd’hui à travers de nouvelles bières, dont la blonde sans alcool « Louis ».

Une brasserie historique profondément liée à Armentières

Les premières traces de l’histoire brassicole remontent à 1650, avec la brasserie de l’Étoile. Le site possède toutefois un passé plus ancien : un parchemin daté de 1583 mentionne déjà une activité de foulage de drap. Cette succession d’usages rappelle le passé industriel d’Armentières, longtemps marqué par les activités textiles, commerciales et agroalimentaires.

Ancien site de la Brasserie Motte-Cordonnier à Armentières au bord de la Lys
Ancien site de la Brasserie Motte-Cordonnier à Armentières au bord de la Lys

La famille Motte-Cordonnier entre dans l’histoire de l’établissement en 1749. Au fil des générations, la brasserie devient une entreprise familiale qui associe la fabrication de bière à une activité de malterie. Le malt, obtenu à partir de céréales germées puis séchées, est l’une des matières premières de base du brassage. Cette double activité donne à l’entreprise une place particulière dans l’économie locale.

La Lys, bien plus qu’un décor industriel

La présence de la Lys explique en partie l’implantation des brasseries à Armentières. L’eau intervient dans le brassage, tandis que la rivière facilite aussi la circulation et les échanges. Le site reconstruit le long de la Lys en 1922 répond donc à des besoins de production, de transport et d’organisation urbaine.

La rivière reliait l’usine à la ville, aux approvisionnements, aux ouvriers, aux estaminets et aux quartiers voisins. Cette réalité donne une dimension concrète au patrimoine industriel de la brasserie. L’ancien établissement ne se résume pas à ses bâtiments de brique : il évoque aussi les trajets quotidiens, les marchandises, les métiers du brassage et la sociabilité locale associée à la bière.

Des reconstructions successives à l’essor industriel

L’histoire de la Brasserie Motte-Cordonnier connaît plusieurs ruptures. En 1889, un incendie frappe l’établissement. Edmond Motte décide alors de le reconstruire, à une période où les techniques brassicoles se modernisent. Le développement des bouteilles en verre, l’amélioration des installations et la progression de la pasteurisation accompagnent la diffusion de la bière à une échelle plus large.

Localisation de l’ancien site de la Brasserie Motte-Cordonnier à Armentières

Edmond Motte meurt en 1899, à l’âge de 55 ans, mais l’entreprise poursuit son développement familial. La cinquième génération, représentée par Camille Cordonnier, participe à cette continuité. La brasserie s’impose progressivement parmi les établissements industriels d’Armentières, aux côtés des brasseries Breuvart, Lescornez et Droulers.

La guerre, puis la reconstruction de 1922

Comme une grande partie du territoire, la brasserie est touchée par la Première Guerre mondiale entre 1916 et 1917. Après le conflit, sa reconstruction ouvre une nouvelle étape. En 1922, le site est rebâti le long de la Lys avec une architecture industrielle plus imposante, souvent associée à l’expression « château usine ».

La reconstruction permet de reprendre l’activité et de redonner une place visible à l’entreprise dans la ville. Les bâtiments, les cuves, les espaces de stockage et les circulations industrielles composent alors une nouvelle silhouette urbaine. Pour plusieurs générations d’habitants, cet ensemble devient un repère familier d’Armentières.

Du rachat par Artois à la relance de la marque familiale

Dans les années 1970, le secteur brassicole se concentre. Les entreprises doivent augmenter leur production, financer des équipements coûteux et affronter une concurrence fondée sur les volumes. Dans ce contexte, la Brasserie Motte-Cordonnier est rachetée par la brasserie Artois.

L’histoire de la brasserie Motte-Cordonnier à Armentières | Découvrez l’histoire, le patrimoine et l’évolution de cette brasserie emblématique du Nord de la France.

Cette opération s’inscrit dans une transformation plus large du marché. De nombreuses brasseries régionales disparaissent, changent de propriétaire ou voient leur production intégrée à de grands groupes. À Armentières, le nom Motte-Cordonnier reste toutefois lié à une histoire familiale et à une mémoire locale qui dépassent l’activité industrielle de l’époque.

2018, le retour d’un nom historique

En 2018, après le décès de Bertrand Motte, présenté comme le dernier brasseur Motte-Cordonnier, la famille décide de relancer la marque. L’objectif n’est pas de reproduire à l’identique l’ancienne usine, mais de redonner une présence actuelle à un nom connu dans les Hauts-de-France.

La relance distingue donc deux réalités. D’un côté, l’ancienne brasserie industrielle et son site historique. De l’autre, une marque familiale qui s’appuie sur cette histoire pour proposer de nouveaux produits. Cette démarche permet de transmettre une identité brassicole sans réduire le passé à un simple souvenir.

La bière « Louis », une blonde sans alcool tournée vers l’innovation

Parmi les nouveautés de la marque, « Louis » est une bière blonde sans alcool. Son nom rend hommage à Louis Pasteur, dont les travaux ont marqué l’histoire de la fermentation et de la pasteurisation. Ce choix relie l’histoire des sciences, l’évolution des techniques brassicoles et le patrimoine régional.

La bière « Louis » est aussi associée à un partenariat avec l’Institut Pasteur de Lille. Cette association inscrit le produit dans une démarche qui rapproche recherche, innovation et tradition brassicole. Elle rappelle également le lien entre le nom de la bière et l’histoire de la pasteurisation.

Ce que signifie réellement « sans alcool » dans cette histoire

Le lancement d’une bière blonde sans alcool montre que la relance de Motte-Cordonnier ne consiste pas à reproduire uniquement d’anciennes références. Les usages de la bière évoluent, avec une place accordée à la modération et à différents moments de consommation. Une bière sans alcool peut ainsi être servie à l’apéritif, à table ou lors d’une occasion où l’on souhaite conserver les codes de la bière sans boire d’alcool.

Les informations disponibles ne précisent ni la recette, ni les ingrédients, ni les formats de vente de « Louis ». Pour connaître les références commercialisées, les nouveautés éventuelles ou les points de distribution, il convient de consulter les canaux officiels de la marque.

L’ancien site Motte-Cordonnier, une friche appelée à devenir un quartier de vie

L’ancien site industriel de la Brasserie Motte-Cordonnier reste un repère important d’Armentières. Après l’arrêt de l’activité brassicole, il est devenu une friche industrielle, c’est-à-dire un ensemble bâti dont l’usage initial a disparu, mais dont la valeur architecturale, historique et urbaine demeure.

Sa transformation vise à convertir cet ancien espace de production en nouveau quartier de vie. Une réhabilitation de ce type doit répondre aux besoins actuels de la ville tout en conservant les éléments qui permettent de comprendre l’histoire du lieu. Une façade, une cheminée, des volumes industriels ou les traces d’une mémoire ouvrière peuvent donner du sens à un projet urbain tourné vers l’avenir.

La Brasserie Motte-Cordonnier existe donc sous plusieurs formes : dans les souvenirs des habitants d’Armentières, dans l’architecture de son ancien site et dans une marque relancée en 2018. Son histoire associe patrimoine brassicole, transmission familiale et création contemporaine, avec la bière « Louis » comme l’une de ses expressions actuelles.

Élise Vauquelin

Partager cet article

Retour en haut